Marie Lussignol : l’âme derrière la muse de Victor Hugo

Marie Lussignol : l’âme derrière la muse de Victor Hugo

Marie Lussignol : l’âme derrière la muse de Victor Hugo

Dans Juliette, Victor Hugo mon fol amour, Marie Lussignol fait revivre Juliette Drouet, de ses 26 à 67 ans, avec force, émotion et passion. Seule sur scène, elle révèle la femme derrière le poète, un amour qui a façonné l’œuvre et la vie de Victor Hugo.

Peux-tu nous raconter de quoi parle le spectacle Juliette, Victor Hugo mon fol amour ? `

ML : Le spectacle est un seul en scène qui met en lumière Juliette Drouet, L’amante, la muse, la secrétaire, le grand amour de Victor Hugo. On y découvre le destin cette femme, sans qui, l’écrivain célèbre n’aurait pas été pleinement ce qu’il a été. La pièce se déroule à Bruxelles. Juliette à 67 ans. Elle fuit et se réfugie dans une chambre d’hôtel, brisée par les tromperies de l’auteur célèbre. Elle le quitte sur un coup de tête. Dans cette chambre sobre « quasi monacale », elle repasse le film de sa vie, nous fait revivre les débuts de leur amour , elle a de nouveau 26 ans, puis 30, 40... Juliette se livre à nous dans cet espace clos, hors du temps.

Cette fois, l’histoire est racontée par Juliette. Qu’est-ce que cela change dans la manière de découvrir Victor Hugo ?

ML : Grâce à Juliette, Hugo devient « toto », le grand homme devient aussi son « petit homme » loin des salons littéraires et des grands discours à l’assemblée. Hugo devient attachant à travers son regard et même « fragile et vulnérable ». Lors de sa fugue à Bruxelles, «Hugo perd l’équilibre » . Il dira même « si j’ai quelque génie, il me vient de toi, j’étais mort et je suis vivant » .

Quel a été ton chemin de comédienne avant de jouer Juliette Drouet ?

ML : Durant mon parcours, j’ai pu toucher à différents styles de personnages, allant du classique au boulevard. Je suis touche à tout. J’ai joué dans une comédie boulevard ( 5 min de plaisir et 30 ans d’emmerde), j’ai interprété Jeanne D’Arc dans un documentaire fiction américain où il a fallu jouer en anglais ( ce qui n’est pas forcément mon point fort ) . J’ai interprété des figures mystiques comme sainte Faustine, ou sainte Thérèse de Lisieux , ce sont des personnages forts et bouleversants qui viennent vous traverser de l’intérieur . J’aime énormément me dépasser et relever des défis, mais aussi trouver du sens dans ce que je fais. Je suis également chanteuse et musicienne . J’ai crée un spectacle « marie flirte avec Brassens » où je récitais et chantait Brassens. Ce que j’aime avant tout, c’est les beaux textes à défendre comme celui de Patrick Tudoret pour Juliette, Victor Hugo mon fol amour.

Tu es seule sur scène et aussi co-metteure en scène. Comment as- tu vécu cette double place dans le spectacle ?

ML : Lorsque j’ai découvert le roman de Patrick ça a été pour moi une évidence d’en faire un seul en scène. J’ai eu tout de suite des images, des idées sur la scénographie et en répétition, c’est Patrick lui même qui m’a proposé qu’on l’on partage ensemble la mise en scène . ça a été un travail d’équipe. Un véritable duo. Même si , ce n’est jamais évident d’avoir la double casquette surtout quand on est au plateau, on a pas le recul nécessaire sur le jeu. Nous avons donc fait appel à des directeurs d’acteurs : Françoise Thuries avec qui j’avais déjà travaillé auparavant et également Paul De Launoy.

Comment as-tu travaillé pour faire vivre Juliette à différents moments de sa vie ?

ML : Je ne voulais pas tomber dans la caricature car c’est un peu le piège lorsque l’on joue une femme plus âgée, c’est de la composition. J’ai essayé de puiser d’abord à l’intérieur . Au début de la pièce Juliette à 67 ans, elle est brisée mais je ne voulais pas non plus que le début de la pièce soit plombant. C’est une femme brisée certes, mais forte, elle a de la volonté, elle ne s’apitoie pas sur son sort, elle rebondie. Ensuite, j’ai fait un travail sur la voix, le souffle, le rythme dans la parole. Le débit n’est pas le même au début et au milieu de la pièce où elle apparaît plus jeune, lorsqu’elle le rencontre dans la fougue de sa jeunesse à 26 ans, l’énergie est différente selon les âges. Dans cette pièce , Juliette a un peu tous les âges de sa vie . Et finalement , quand on vieillit , on a tous les âges puisqu’on les a tous vécus...Le corps change mais l’esprit reste le même . C’est avant tout « l’esprit de Juliette » sa personnalité virevoltante que l’on voulait mettre en avant . L’histoire de Juliette est romanesque.

Quelles petites habitudes ou rituels t’aident à te connecter à ton personnage avant de monter sur scène ?

ML : Avant de monter sur scène, je suis solitaire, j’aime me recentrer, faire le vide autour de moi, créer mon espace temps . Puis, je mets mon costume réalisé par la fabuleuse Claire Jacob. Le costume à toute sa part, il contribue à la transformation. Je mentalise ensuite la pièce, le parcours du personnage. J’échauffe ma voix et je fais quelques étirements.

La musique et la voix ont une place importante dans le spectacle. Comment t’aident-elles à transmettre les émotions ?

ML : La musique apporte de la couleur au récit. Elle m’aide également à souligner certaines émotions . C’est un spectacle intense où on passe du rire au larme assez rapidement, c’est une véritable partition pour une comédienne, c’est une chance.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile ou le plus marquant pour toi pendant la création ?

ML : Le plus difficile a été au départ de travailler les transitions , on passe trés rapidement d’un souvenir à un autre. On a une image et de suite, on passe à une autre, c’est trés intense et on ne peut pas vivre les émotions à moitié . Au départ, j’avais du mal à naviguer je me perdais un peu. Et le texte de Patrick est exigeant. Sa plume est merveilleuse, taillée vraiment pour que la comédienne puisse déployer ses ailes . Le travail sur le texte a été un long chemin pour qu’il puisse ensuite couler naturellement.  L’histoire de Juliette parle d’amour, mais aussi de place et de reconnaissance.

Pourquoi ce sujet reste-t-il actuel selon toi ?

ML : C’est vrai que ce sont deux époques différentes et aujourd’hui , la place de la femme a heureusement évoluée, le contexte n’est plus du tout le même qu’au 19 siècle , mais les histoires d’amour restent universelles et continuent encore de faire parler d’elles . Elles mettent en exergue une quête, un besoins d’exister pleinement , de donner un sens à sa vie , de poser sa pierre à l’édifice . Juliette a donneé sa vie pour cet homme, ça a été son choix, elle a suivit son coeur, et elle a accepté parfois l’inacceptable, elle a aimé au delà d’elle même, cela reste fascinant . Elle n’a pas été seulement la muse d’apparat, elle a eu sa part dans l’oeuvre d’Hugo. Elle est avant gardiste en quelque sorte. Si Hugo ne pouvait plus se passer d’elle, c’est qu’elle était bien plus qu’une jolie muse de salon.
L’équilibre n’est pas simple, Hugo était « ce titan » aux multiples talents, il avait le génie des mots, Juliette a eu le génie d’aimer . Cela dit , c’est pour moi une des plus grandes épistolière de son temps. Ce sont finalement deux grandes personnalités . Et derrière un grand homme se cache une grande femme, l’inverse également.

Selon toi, qu’est-ce qui rend un personnage ou une interprétation vraiment mémorable ?

ML : C’est lorsque l’interprète disparaît totalement pour donner toute la place à l’histoire, au récit et au personnage qu’il défend corps et âme . Lorsque cette histoire devient la sienne.

Un seul en scène poignant où Marie Lussignol disparaît pour laisser vivre Juliette : à ne pas manquer.

 

-Photos libres de droit signées Mathieu Delacourt

 

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