« Je pense le casting davantage comme une session de travail que comme un entretien d’embauche » : La directrice de casting Lysandre Mbappé vous guide pour réussir vos castings
« Je pense le casting davantage comme une session de travail que comme un entretien d’embauche » : La directrice de casting Lysandre Mbappé vous guide pour réussir vos castings
Directrice de casting pour le cinéma et la télévision, Lysandre Mbappé a notamment travaillé sur la série TF1 "Les Bracelets rouges", mais aussi sur "Platane" avec Éric Judor ou le film "Dogman" réalisé par Luc Besson. Formée entre la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, elle partage aujourd’hui son expérience et son regard sur le métier.
Bande démo, photos, self-tape, mail de candidature… Par où commencer, et surtout, comment bien faire ? Dans ce Focus Casting, elle vous livre ses conseils pour vous aider à aborder chaque casting plus efficacement.
Pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ?
Mon nom est Lysandre Mbappé, et je suis directrice de casting pour la télévision et le cinéma, et coach d’acteurs.
À l’origine, j’ai un parcours artistique, avec une formation de musicienne et de comédienne. Je me suis ensuite tournée vers la formation, l’écriture et la mise en scène, avant de rencontrer Swan Pham, avec qui je travaille aujourd’hui sur des projets français et internationaux. Parmi les projets sur lesquels j’ai travaillé, il y a “Platane”, “Dogman”, “Les Bracelets Rouges” ou encore “Il a déjà tes yeux - la série”.
Ce qui traverse un peu tout mon travail, et qui est sans doute ma spécificité, c’est vraiment le lien au jeu d’acteur. Je viens d’une formation anglo-saxonne, assez centrée sur le réalisme, que ce soit pour l’audiovisuel ou le théâtre contemporain. Et du coup, que ce soit en casting ou en coaching, je suis toujours très attentive à ce qui se passe concrètement dans le jeu, à ce qui rend une interprétation juste ou pas.
Vous avez été formée en Angleterre. Quelles différences notez-vous avec la France dans le milieu du casting ?
J’ai été formée en Angleterre, mais j’ai surtout eu la chance de travailler avec des intervenants venus de différents pays. Je me suis néanmoins spécialisée dans des techniques de jeu britanniques et américaines.
Sur la pratique du casting en elle-même, la manière dont se déroule une rencontre, je pense que ça dépend beaucoup de la personne qui dirige le casting, plus que du pays. Que ce soit en France, en Angleterre ou aux États-Unis, les approches peuvent être très différentes d’un directeur de casting à l’autre.
En revanche, ce qui peut vraiment varier, c’est la préparation des comédiens. Dans les pays anglo-saxons, où le marché est plus large, les acteurs ont souvent plus d’occasions de passer des castings, donc plus d’expérience. Les techniques de self-tape, par exemple, sont aussi davantage intégrées dans la formation. Du coup, certaines bases techniques, comme le cadrage, la lumière ou le son, sont parfois mieux maîtrisées. Mais cet écart tend à se réduire, notamment parce que tout le monde a aujourd’hui accès aux mêmes outils.
La directrice de casting Cassandra Kulukundis a été primée aux Oscars pour la première fois le 16 mars 2026. Que pensez-vous de cette reconnaissance du métier ?
Je pense qu’il faut toujours distinguer deux aspects dans ce type de reconnaissance. D’un côté, il y a la reconnaissance des pairs, la valeur artistique et technique qui est mise en lumière. Et ça, c’est forcément très important, que l’on soit artiste ou technicien.
Mais il y a aussi un aspect plus concret, presque structurel. Ce type de récompense permet de rendre visible un métier qui reste encore assez mal compris. Et cette visibilité a des conséquences très réelles : elle peut encourager la création de formations, affiner les spécialisations, et participer à une meilleure reconnaissance du poste dans son ensemble. Au fond, ce genre de distinction ne valorise pas seulement une personne, mais contribue aussi à faire évoluer tout un métier.
Quels sont les éléments à envoyer lorsqu’on postule à un casting cinéma ?
Ce que je vois souvent, c’est que la difficulté n’est pas tant de savoir quoi envoyer, mais plutôt de savoir quoi choisir.
Aujourd’hui, on peut envoyer très facilement beaucoup de matériel à beaucoup de monde, et ça peut parfois devenir contre-productif. Or, même s’il y a des incontournables, une candidature reste toujours très liée au projet et au rôle.
L’enjeu, c’est vraiment de cibler. Si vous postulez pour un casting spécifique, il est souvent plus pertinent d’envoyer des éléments en lien avec l’univers du projet. Par exemple, des photos très publicitaires et colorées ne vont pas forcément aider à vous projeter dans un film d’horreur. Comme on voit énormément de profils en peu de temps, une candidature ciblée, avec des éléments cohérents, retient plus facilement l’attention.
Ensuite, dans les éléments attendus : une bande démo, si vous en avez, ou à défaut quelque chose qui montre votre travail et votre rapport au jeu. Des photos qui vous ressemblent vraiment, donc récentes. Avec ça, on peut déjà se faire une première idée de la manière dont un acteur peut s’inscrire dans un rôle ou un univers.
Pour les castings internationaux, un enregistrement dans la langue étrangère peut aussi être très utile, notamment pour évaluer l’accent.
Et concernant les bandes démo, surtout en sortie d’école : il n’y a pas d’attente irréaliste. Un plan simple, même fixe, qui montre clairement votre jeu, peut suffire. L’important, c’est la lisibilité de ce que vous proposez.
Lorsque la candidature se fait par mail, comment faut-il se présenter ?
Encore une fois, il n’y a pas vraiment de règle absolue, mais il y a des principes qui peuvent aider.
Je me souviens qu’au début, un directeur de casting m’avait donné un conseil très simple : toujours préciser, dans l’objet du mail, le contexte dans lequel on s’est rencontrés. Ça peut être un lieu, un événement, un moment précis. C’est très utile, parce qu’on rencontre beaucoup de monde, et ça permet de replacer immédiatement une personne dans sa mémoire.
De manière générale, l’idée, c’est surtout de rester clair et ciblé. Un mail de candidature n’a pas besoin d’être long. Au contraire, c’est souvent plus efficace de mettre en avant, dès le début, les éléments les plus pertinents par rapport au projet ou au casting.
Par exemple, si vous savez que le projet se situe dans un certain univers, ou qu’il demande une langue spécifique, mettre en avant directement ce qui vous relie à ça. Ce que vous pouvez apporter, concrètement.
C’est moins une question de quantité d’informations que de précision. Quelques éléments bien choisis suffisent largement à créer une première accroche.
Comment fait-on si on n'a pas d'expérience ?
Quand on n’a pas encore d’expérience, l’enjeu, c’est surtout de commencer à en créer.
Dans ce métier, ce qui compte beaucoup au départ, c’est la curiosité et l’énergie. Que l’on ait une formation ou non, multiplier les expériences, même en amateur ou en semi-professionnel, est vraiment utile. Ça permet de se familiariser avec un plateau, de comprendre comment se préparer, et de commencer à se confronter à l’exercice du casting, qu’on ne rencontre pas toujours régulièrement au début dans des projets plus installés.
Aujourd’hui, il y a aussi énormément de contenus qui se créent. Ça peut être parfois saturant en tant que spectateur, mais pour un acteur, c’est aussi un champ des possibles incroyable.
Donc l’idée, c’est vraiment de pratiquer le plus possible. Pour gagner en expérience, mais aussi pour créer des images, rencontrer des gens, et commencer à construire un parcours.
Selon vous, comment se démarquer avec une bonne bande démo ?
Je ne suis pas sûre qu’il y ait une règle unique sur ce qui marque le plus dans une bande démo, mais il y a quand même des bases qui reviennent souvent.
Déjà, sur la durée : éviter de dépasser trois à quatre minutes, cinq maximum. Ensuite, une qualité d’image suffisante pour que ce soit confortable à regarder. Rien de trop sombre, rien d’illisible ou de pixelisé.
Pour le choix des scènes, l’important est surtout de montrer ce que vous maîtrisez, et ce pour quoi on pourrait vous employer en priorité. Ce n’est pas forcément une question de performance spectaculaire. Un “tour de force” peut être impressionnant, mais ce n’est pas toujours ce qui aide le plus à se projeter.
Personnellement, quand je regarde une bande démo, je cherche avant tout à voir comment un acteur peut s’inscrire dans un rôle ou dans un univers précis.
Comment choisir les bonnes photos pour postuler à un casting ?
La photo est souvent l’exercice le plus complexe. Comme pour le reste, cibler l’univers et le type de rôle reste toujours pertinent. Mais au-delà de ça, il y a aussi une dimension plus difficile à définir.
Une bonne photo, c’est souvent celle qui vous représente vraiment. Celle qui attire le regard sans effort, parce qu’elle dégage quelque chose de vivant, de juste. C’est assez intangible, mais en pratique, on le reconnaît assez vite : il y a souvent une forme d’évidence.
Et c’est souvent cette image-là qui va permettre de se projeter, de sentir une présence, au-delà de l’aspect purement esthétique.
Quelles sont les erreurs à ne pas faire ?
Il y a des bases assez simples : connaître son texte, arriver à l’heure, être courtois, et surtout être à l’écoute.
Mais au-delà de ça, je pense le casting davantage comme une session de travail que comme un entretien d’embauche. Il y a presque toujours de la direction, justement pour voir comment un acteur réagit, s’adapte, et fait évoluer sa proposition.
L’exercice peut être impressionnant, mais un plateau de tournage l’est tout autant. Donc ce qui est vraiment observé, c’est la capacité d’écoute, de disponibilité et d’adaptation face à la direction d’acteur.
Quelles qualités recherchez-vous chez un acteur lors d'un casting, au-delà de son talent pur ?
Au-delà du talent pur, je pense qu’il y a un aspect presque ludique dans le jeu d’acteur.
Bien sûr, l’écoute reste essentielle. Mais ce qui est souvent très marquant, c’est la force de proposition. La capacité d’un acteur à s’approprier une scène, à en faire quelque chose de personnel. Parce qu’en casting, on voit souvent beaucoup de personnes sur une même séquence. Et c’est justement cette manière de faire exister une proposition singulière qui permet de se démarquer.
Évidemment, tout ça s’inscrit dans le respect de l’univers du projet car la logique et la cohérence de l’interprétation comptent aussi.
Plutôt selftape ou casting terrain ?
Dans un monde idéal, les deux. Si on avait le temps, la self-tape au début permettrait de voir plus de monde et de s’ouvrir à des propositions parfois inattendues. Et dans un second temps, des castings en présentiel permettraient de diriger, d’affiner, et de voir comment un acteur ou une actrice fait évoluer sa proposition. Il y a aussi la rencontre, qui reste importante.
Mais dans la réalité, pour des raisons de temps et de production, les castings en présentiel tendent à diminuer, et on travaille de plus en plus à distance, via des self-tapes.
Quel conseil donneriez-vous à toous les membres de Casting.fr ?
Je dirais de rester curieux, et de ne pas trop chercher à correspondre à tout prix. On peut vite avoir tendance à vouloir se conformer à ce qu’on imagine être attendu, alors que ce qui marque le plus, c’est souvent ce qui est juste et personnel.
C’est un métier où il y a beaucoup d’attente, parfois de frustration, donc garder du plaisir dans le travail, dans la recherche, dans le jeu, ça me paraît essentiel. Et puis continuer à pratiquer, même en dehors des castings. C’est souvent là que les choses se construisent vraiment.