Une vie deux fous : raconter la bipolarité autrement

Une vie deux fous : raconter la bipolarité autrement

Une vie deux fous : raconter la bipolarité autrement

Découvrez le spectacle Une vie deux fous ! 

Sur scène, Patrick Loiseau, lui-même bipolaire, partage son histoire aux côtés de Philippe Avocat, qui incarne la phase d’hypomanie, et Tobias Ohana, qui donne vie à la phase dépressive. Ensemble, les trois comédiens abordent la bipolarité avec une approche singulière, entre humour, émotion et récit personnel.

Nous avons interviewé les trois artistes pour en savoir plus sur la naissance du spectacle, leur travail autour de ce sujet sensible et leur volonté de faire rire autant que de toucher. Découvrez leur interview !

Présentez-nous votre personnage !

Patrick : Je joue mon propre rôle, celui de Patrick, un père de cinq enfants qui a longtemps été directeur marketing dans un groupe pharmaceutique international.

À 60 ans, après une dizaine d'années d'errance diagnostique, j'apprends que je suis atteint d'un trouble bipolaire de type 2. Ce diagnostic me permet enfin de comprendre ces périodes d'exaltation et d'effondrement qui ont profondément bouleversé ma vie professionnelle et surtout familiale.

Sur scène, je raconte cette histoire en compagnie de deux clowns qui incarnent mes deux états : l'hypomanie et la dépression. Ils s'invitent dans ma vie, me bousculent et prennent parfois toute la place !

Ce qui est assez particulier, c'est que je suis à la fois le personnage et celui qui a réellement vécu cette histoire. Et j'ai choisi de la raconter avec humour, même si tout n'a pas toujours été drôle. C'est cette aventure que nous partageons actuellement avec le public de La Manufacture des Abbesses, à Paris.

Philippe : Je joue la phase d’hypomanie de la bipolarité de Patrick, c’est-à-dire les moments pendant lesquels, avant d’être stabilisé, il se sentait excessivement énergique, confiant, créatif, sociable…

Tobias : Je joue la phase dépressive de la bipolarité de Patrick. Je fais partie des deux clowns qui jouent ses deux pôles de la bipolarité.

Comment s’est formée l’équipe de la pièce ? Y a-t-il eu un processus de casting particulier ou s’agissait-il d’une rencontre évidente entre vos univers artistiques ?

Patrick : Nous nous sommes rencontrés dans une école de clown. En découvrant les personnages de Philippe et Tobias, j'ai immédiatement eu l'idée de les réunir autour de mon histoire.

À la fin de l'atelier, je leur ai proposé de créer un spectacle à trois. Il n'y a donc pas eu de casting : le projet est né de cette rencontre artistique et de leur enthousiasme immédiat.

Philippe : À la fin d’un cours de clown auxquels nous participions tous les trois, Patrick nous a confié qu’il était bipolaire et qu’il souhaitait raconter sa vie sous forme de spectacle. Selon lui, c’était une évidence : mon clown haut en couleur et en énergie incarnait ses phases d’hypomanie, tandis que le clown de Tobias, d’une timidité maladive et toujours en pyjama, lui rappelait ses phases de dépression.

Tobias : La rencontre s’est faite naturellement, nous nous connaissions déjà. Patrick nous a proposé son projet, et nous avons tout de suite accepté.

Aborder la bipolarité à travers le stand-up, le burlesque et le clown est un choix fort. Comment s'est déroulé le processus d'écriture à trois pour trouver le juste équilibre entre humour, pédagogie et émotion ?

Patrick : J'ai d'abord écrit seul une première version, à partir de mon expérience personnelle. Mais le texte était beaucoup trop long, manquait de rythme et, pour tout dire, était même un peu ennuyeux !

Très vite, nous avons repris l'écriture tous les trois. J'ai dû apprendre à couper dans mon récit et à accepter que certaines anecdotes, pourtant importantes pour moi, ne trouvaient pas leur place sur scène.

Nous avons joué deux fois cette première version, puis nous avons travaillé avec le metteur en scène Fabrice Salé. Il nous a beaucoup aidés à améliorer le rythme du spectacle, mon interprétation et la qualité des scènes de clown.

Le travail de Réouven Rebot sur la musique et les lumières a également été essentiel : il permet au public de ressentir mes changements d'humeur, parfois sans même avoir besoin de mots.

C'est ce travail collectif qui a permis de transformer mon témoignage en un véritable spectacle, où le rire et l'émotion se côtoient.

Philippe : La vie de Patrick, riche en drames et en anecdotes savoureuses, nous a donné toute la matière nécessaire pour créer des scènes clownesques liées à sa bipolarité. Scènes que nous avons peaufinées avec le metteur en scène et sublimées avec la bande-son et le jeu de lumières créés spécifiquement pour le spectacle.

Tobias : Pour l’écriture nous sommes partis du récit de la vie de Patrick, et nous avons scindé son histoire en différentes parties. Pour la partie clownesque, nous avons fait des improvisations sur des situations dans lesquelles s’est retrouvé Patrick. À partir de ça, nous avons gardé en tête de faire un spectacle pédagogique, drôle et touchant.

Quels conseils donneriez-vous aux comédiens et comédiennes de la communauté Casting.fr qui souhaitent écrire ou interpréter des projets personnels et engagés ?

Patrick : Mon principal conseil serait de ne pas tomber amoureux de son propre texte ! Quand on écrit à partir de son histoire personnelle, on a tendance à vouloir tout raconter, parce que chaque événement nous semble important.

J'ai dû apprendre à couper, à simplifier et à accepter que certaines scènes disparaissent. Ce n'était pas facile, mais j'ai compris qu'un spectacle n'est pas un récit exhaustif de sa vie. Il faut penser au public, au rythme, à ce qui se passe sur scène.

Philippe : Trouvez un sujet qui vous passionne (et idéalement qui soit utile aux autres), pour que les centaines d’heures que vous allez lui consacrer soient davantage un plaisir qu’une contrainte.

Tobias : Je conseille de mettre du cœur dans ses projets personnels et d’y croire, quoiqu’en disent les gens.

Patrick , comme le spectacle s’inspire de votre vie, trouvez-vous qu’il est facile de tourner en dérision un sujet si sérieux ? Est-ce que le burlesque était une évidence dès le début pour vous ?

Patrick : L'humour était une évidence pour moi dès le départ. Je voulais trouver une façon de parler de ma bipolarité avec mes enfants. Ce n'est pas un sujet facile à aborder en famille, et l'humour nous aide à en parler plus librement.

Mais attention, je ne cherche pas à tourner la maladie en dérision, mais plutôt à dédramatiser certaines situations pour faciliter le dialogue. Car derrière les moments parfois absurdes que provoque la bipolarité, il y a aussi beaucoup de souffrance, pour la personne concernée comme pour son entourage.

Quand j'ai découvert les personnages de clown de Tobias et Philippe, j'ai immédiatement compris qu'ils pouvaient donner vie à cette idée. Le clown permet de rendre visibles mes changements d'humeur, tout en faisant rire le public.

Finalement, ce spectacle est né d'une envie très personnelle : mieux communiquer avec mes enfants. Et aujourd'hui, il me permet d'ouvrir ce dialogue avec beaucoup d'autres personnes.

 

Infos pratiques

Découvrez Une vie deux fous du 14 octobre au 21 novembre 2026 au Théâtre de la Manufacture des abbesses (7 rue Véron Paris 18e), du mercredi au samedi à 19h !

 

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